|
||||
Page principale
© Copyright 2002-2008, |
Cette réponse à la lettre ouverte de Serge Merlet a été publiée dans le numéro 8 d'Aikido Journal. Réponse à Serge Merlet - Frédérick MarianiCes propos sont en effet ceux de la confusion... Et des amalgames dangereux. Malgré le fait que la question soit apparemment légitime : « faut il réglementer les grades ?», et que j'ai, par principe, le plus grand respect pour son auteur, bien des choses me choquent dans ce discours dans la forme et dans le fond. D'abord le vocabulaire : émailler sa démonstration de locutions telle que « accaparer, confisquer, asservir, contraindre, persécuter, éliminer, ..., étouffer » (ouf!) montre certes le profond malaise de l'auteur mais me semble disproportionné quand au sujet traité. Quant au fond : d'accord avec le constat que l'histoire de l'aïkido français n'est pas exempte de luttes de pouvoir ; quant à inverser les perspectives et rendre les fédérations d'aïkido responsables de l'interventionnisme de l'État et de la production des lois, c'est une curieuse inversion des réalités que ne peut ignorer l'auteur qui n'a pas l'excuse de la jeunesse. Si l'on passe sur l'épisode pétainiste, c'est bien après la guerre que s'est mis en place l'institution Sport avec comme idée directrice la pratique physique pour tous. Et cette institution est devenue une contrainte incontournable que les « fédérés » ont intégrée dans leur développement. Car, bien que fédéré, en quoi suis-je « asservi » ? Je suis libre de ma pratique, de mon enseignement, libre de partir, de rester, de participer ou non aux activités fédérales, libre de choisir mon « senseï » de référence et cela pour un coût annuel fort modique - 28 euros pour être précis. À ma connaissance, les demandes d'affiliation renouvelées au système fédéral de ces groupes achoppent le plus souvent sur la reconnaissance des grades dan de leurs représentants ou fondateurs. Et nous revoilà au coeur du sujet : Quelle peut être l'importance de s'auto-attribuer des grades en aïkido sans la reconnaissance de ses pairs ? Car le système de grades fédéral, malgré des imperfections que je ne nie pas, n'est pas autre chose qu'obtenir un consensus sur ce qui est base commune dans notre pratique et non d'insister ad-nauséum sur nos différences. Pour avoir pratiqué, au fil de mes pérégrinations aïkidoesques, au sein de la FFJDA, de la FFAB, de la FFAAA, mais aussi avec des pratiquants de AAA (Cognard), FAT (Brun), d'Iwama, voire de Goshindo (Maroteaux) et bien d'autres, je n'ai rencontré la plupart du temps que des pratiquants sincères qui n'auraient aucun mal à faire reconnaître leur « niveau », terme si cher aux porteurs de dans et pourtant ayant de si peu de sens en aïkido. L'excuse culturelle « issue d'un système éducatif ancestral » (le Japon) n'est pas plus pertinente en ce qui concerne les grades dans, très différents des certificats d'enseignement traditionnels, d'invention récente au Japon et très certainement copiés au début du siècle, par assimilation, sur le modèle des grades militaires en usage dans les armées occidentales. Quant à la loi de 1999, elle était assortie de la refonte par la loi Buffet de 2000 des principes de démocratie fédérale, réaffirmant l'expression de tous, dans le but de lutter contre l'élitisme, la marchandisation du sport et de favoriser la pratique pour tous. Je n'ai, en outre, au moins pour l'aïkido, pas d'exemple que les « fédérés » aient demandé l'application de la loi contre les « dissidents » malgré le non-respect quotidien de celle-ci. Le seul point où la possession d'un grade fédéral pose problème, c'est l'obligation faite d'en posséder un pour se présenter au Brevet d'État d'éducateur sportif français. Voilà peut être le véritable enjeu de la précédente lettre ouverte. Rares sont ceux, en effet, parmi les « indépendants » comme parmi les fédérés qui ne mettent en avant ce diplôme, en plus de leurs grades dans français ou exotiques. Ce trop long texte n'est bien entendu l'émanation d'aucune fédération officielle, mais simplement le libre propos d'un anonyme budoka passionné, sur le chemin, depuis une trentaine d'années, de quelques disciplines confondues. |
|||