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Cette lettre ouverte a été publiée dans le numéro 7 d'Aikido Journal. Interdiction aux enseignants d'accorder des grades à leurs élèves ; selon la loi 99 - 493 du 15 juin 1999 Nous publions la lettre ouverte que Monsieur Serge Merlet a adressée au Ministre de la Jeunesse et des Sports concernant le monopole des fédérations officielles dans le domaine des grades. Ce texte pose la grave question de la confusion entre arts-martiaux et sports de compétition. Au delà du ministère, cette lettre interpelle non seulement les dirigeants des deux grandes fédérations reconnues mais tous les pratiquants pour qui leur art est plus qu'un sport. Nous appelons tous nos lecteurs à participer au débat ainsi ouvert.
Mon style est toujours direct, peut-être un peu trop ? Mais il a le mérite d'être sincère et sans malveillance. A 18 ans, rentré des camps de déportation en Allemagne où j'étais séquestré, j'ai pu reprendre mes études d'ingénieur et débuter les arts martiaux. Je croyais que la détresse générale qui unissait les hommes de l'époque dans un malheur universel annonçait le début d'une civilisation où la culture des vertus serait de mise. Je me trompais ... Née dans l'ambiance pure et claire d'intentions proches de la naïveté, l'aventure des arts martiaux fut loin d'être, comme aux premières années, un hymne à la gloire du sport et de la culture. Hélas, la chevalerie est bien morte et les chevaliers aussi. Le business, le lucre, les intérêts personnels ont pris le pas sur l'amitié et le désintéressement... Sautons quelques décennies : Les fédérations actuelles se sont accaparées du fruit du travail des pionniers en leur confisquant par le, biais de la politique, des décrets et des lois, le droit d'évaluer le niveau de leurs propres élèves : les «dan» (niveau initiatique). Elles sont devenues des entreprises à but lucratif et, pour éviter une comparaison qui pourrait leur être défavorable, ont obtenu un monopole alors que dans tous les autres pays du monde, le Japon en premier, tout est libre. Qu'importé si les personnes telles que moi aient dû, pendant de nombreuses années, enseigner bénévolement (aucune subvention, aucune installation mise à disposition, aucune aide) dans des caves, des greniers désaffectés, des étables (mais oui, au milieu des vaches !) sans tapis, sans sanitaires, dans un dénuement pitoyable. Les clubs des pionniers et ceux qui n'ont pas voulu être asservis sont qualifiés de sectes ou de dissidents ! Afin de les contraindre et de les écraser, il est prévu un an de prison et 15245 euros (ou bien 100000 FF) d'amende à qui utilisera le terme International tombé dans le domaine public «dan» qui n'appartient à personne. Un monopole est ainsi délivré à une commission consultative aux mains des fédérations habilitées, une par discipline. Trois signatures ; Jacques Chirac, président de la république, Lionel Jospin premier ministre, Marie George Buffet ministre communiste Jeunesse et sports ... Tout ceci en contradiction flagrante avec notre constitution : liberté, égalité, fraternité, déclaration des droits de l'homme articles 1, 2, 4, 18, 19, 20 et 27. Un constat : II y a confusion entre sports de combat et arts martiaux. La première catégorie correspond à des disciplines récentes où existent des normes internationales nécessitées par la compétition: Conventions, catégories, arbitrage, etc... La seconde, millénaire, est totalement libre. Pas de catégories. Pas de conventions, donc pas de compétitions. Nombreux styles étrangers les uns aux autres, chaque «ryu» (clan) ayant mis au point sa propre méthode. Je désigne par là le jujitsu (159 styles répertoriés en 1843 parmi ceux non confidentiels), l'aïkido (également pluralité des styles d'où écoles différentes même dans la fédération officielle dite «Union des fédérations d'aïkido», le terme étant explicite à ce sujet). Comment la FFJDA judo peut-elle prétendre connaître (d'autant plus que ce qu'elle enseigne est de son propre crû) et donc gérer les 159 styles précités? Il y en a eu beaucoup d'autres depuis. Dans son ouvrage «mesures et nombres sacrés» le mathématicien Jean Greffier précise : il n'y a d'ailleurs plus de morale mais des lois correspondant à des intérêts de groupes. Quiconque a du pouvoir tend à en abuser, dixit Montesquieu. Le Vatican? Combien de divisions? (réflexion d'un dictateur). Il y a plus de 30 ans que je me perds en démarches, je ne suis pas le seul, pour la libération des grades au moins pour le jujitsu et l'aïkido. En vain. Selon que vous serez puissant ou misérable... La puissance numérique des effectifs des fédérations est une illusion. Les clubs constituent en majorité des garderies avec un renouvellement permanent des inscrits. Les jeunes enfants jouent au judo ou autres quelques, mois, le temps que les parents trouvent autre chose pour se libérer et faire leurs courses. On prend les inscriptions à l'âge de 3 ans. De plus, nombre d'associations sont souvent contraintes d'adhérer au système. Pas de licences à la fédération «officielle», pas de locaux, pas d'aide. Celui qui aura le courage de protester sera persécuté, mis à l'écart, éliminé et remplacé, qu'il soit professionnel diplômé d'Etat ou bénévole. C'est ainsi qu'on obtient l'harmonie et l'unité ! ... : un géant aux pieds d'argile. A ce sujet, une information reçue en septembre 2002 laisse entendre que l'agrément ministériel accordé par le passé aux associations devra être renouvelé. Une des conditions : l'appartenance à une fédération officielle ! Une contrainte de plus... Les enseignants sont de plus en plus déguisés en entonnoirs à licences. Au bénéfice de qui? Pas du pratiquant de base ! A Japon, pays d'origine, le «dan» n'est pas une distinction sportive. Là bas les arts martiaux dépendent du ministère de la culture. En France, il y a confusion entre titre sportif résultant d'une confrontation et niveau initiatique qui comprend entre autres la connaissance de l'historique, de la philosophie, de l'ésotérisme de la numérologie, de la magie etc. C'est une culture issue d'un système éducatif ancestral. Le résultat d'une confrontation sportive entre un jeune athlète 3e dan de 25 ans et un vieux maître de 85 ans, 8e dan, ne fait aucun doute. Ce n'est pas le terrain de comparaison. Monsieur le ministre, je formule à nouveau une proposition qui résoudrait le problème: indiquer à côté du terme «dan» le sigle de l'autorité qui l'a délivré et qui servirait de référence. Cela se pratique dans les écoles d'ingénieurs (120 écoles représentées en Franche Comté): AM (Arts et Métiers ), EMP (Ecole des mines de Paris), EP (Ecole Polytechnique), EN (Ecole Navale) etc ... ceci au moins en jujitsu et aïkido. Par exemple : on pourrait considérer toute école pouvant justifier 30, 40 voire 50 ans d'enseignement. Un contrôle exercé par les directions départementales est facile. La diversité est source de richesses. Elle conditionne le progrès. Les députés ont voté la loi du 15 juin 1999 en n'entendant qu'un son de cloche bien concocté, mijoté, orienté, épuré de toute critique. Le court extrait suivant émanant de Madame la Ministre Jeunesse et Sports donne le ton : «outre certaines dérives commerciales sécuritaires voire sectaires ...» ? ! ... Elle préconise un programme unique (?) et affirme effrontément : «cette loi répond aux attentes des participants, des professeurs et des dirigeants». Applaudissements à gauche, est-il précisé ! Bien entendu les protestations des syndicats d'enseignants ou autres groupes ont été éliminées, étouffées, ignorées avec mépris. A aucun moment leurs arguments n'ont été évoqués et débattus. J'ouvre une parenthèse pour indiquer que si les problèmes sont traités de cette façon, il ne faut pas s'étonner du peu de participation des citoyens au moment des élections. Ils ne croient plus les candidats censés représenter leurs aspirations. Alors, pourquoi se déranger ? La Presse en général et les médias ne sont pas à notre disposition. J'ai proposé des articles à tous ces organismes. Il n'y a eu aucune suite. Abusés, les députés ont abondé dans le sens qui leur était dicté, assurant par là le monopole de groupes dont les recettes sont garanties. C'était l'objectif occulte... Tant qu'à faire, pourquoi pas un seul parti politique?, une seule religion d'Etat ?, un seul syndicat ?, etc. Pourquoi pas un seul salut officiel, bras tendu ou poing fermé ? J'ai connu un régime qui interdisait toute activité à qui n'était pas du parti. Ne retournons pas au temps où étaient bannis les juifs et les tsiganes. Un art, par définition, est libre. L'art martial aussi ! A l'occasion d'un stage que je suivis dans une école réputée au Japon (les fédérations sont étrangères à mon savoir), j'ai exposé la situation. Il y avait là nombre d'étrangers qui assistaient aux cours. Ce fut une énorme rigolade. Tous ont cru à une gigantesque farce car chez eux tout est libre ! Un Suisse m'a servi la réflexion suivante : vos députés feraient mieux d'étudier le fer-routage et autres sujets sérieux ! Rendez à César ce qui est à César. Laissez aux fédérations ce qui est de leur ressort : l'organisation des championnats. Mais rendez aux enseignants ce qui est de leur ressort : les grades. Monsieur le Ministre, serez vous le chevalier qui rendra aux professeurs ce qui est leur domaine ? Je vous prie d'accepter mes respectueuses salutations. Serge Merlet Deux de nos lecteurs nous ont fait parvenir leur réaction à cette lettre : Frédérick Mariani et Alexandre Gesp. Si vous aussi souhaitez vous exprimez et nous faire connaitre votre opinion, n'hésitez pas à nous écrire ou à discutter avec les membres de la liste de discussion. |
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